Je me souviens d’un exercice réalisé en classe de primaire, à l’époque où – a priori – la charge mentale n’aurait pas dû nous toucher. Tous allongés sur des tapis de sol. Les yeux fermés. Un moniteur passait entre nous et nous soulevait un bras au hasard. Le but : laisser retomber son bras comme une poupée de chiffon. Je n’ai jamais réussi cet exercice de détente. L’institutrice avait beau me dire de me relaxer, mon bras restait toujours raide comme un bâton.
Bref, je ne sais pas vraiment me détendre et je ne l’ai jamais su.
Quand j’essaie, ça finit souvent en mini-projet.
Je veux me reposer, mais je finis par « optimiser » mon temps libre :
🔹 un essai sur Duolingo que je change en une chaîne de 1000 jours,
🔹 un petit tour sur mon espace Notion devient un chantier,
🔹 je pose un objectif de marche que je transforme en 10 000 pas par jour sur un trimestre.
Et, ironiquement, je ressors de ces moments encore plus fatiguée.
🌿 J’ai mis du temps à le comprendre : le problème, ce n’est pas le manque de repos (enfin, sauf insomnie). C’est la façon dont je le conçois.
Je transforme tout en apprentissage, en progrès, en productivité douce.
Même ma détente a un plan d’action.
C’est ça, la charge mentale du loisir : quand ce qui devrait te nourrir devient une obligation de plus.
Dans cet article, je t’explique comment reconnaître cette surcharge invisible, et surtout comment réapprendre à te détendre sans objectif.
Tu peux également consulter l’article Créer de la place pour tes loisirs sans culpabilité : 4 étapes simples.

Quand le loisir devient une extension du travail
C’est souvent insidieux.
Au départ, tu veux juste te changer les idées.
Tu ouvres ton appli de langues, « juste pour le plaisir », comme moi avec le gallois.
Tu t’installes sur Notion « pour t’amuser à réorganiser un peu ».
Tu instaures un défi de marche parce que « le mouvement aide à la réflexion ».
Et sans même t’en rendre compte, le jeu se transforme en objectif.
Tu te mets à compter tes jours de pratique, à chercher la méthode la plus efficace, à vouloir « rentabiliser » ton temps libre.
🌿 Le loisir, quand il se met à ressembler à du travail, devient une autre forme de charge mentale.
C’est encore plus vrai quand tu es neurodivergente. Ton cerveau adore creuser, apprendre, systématiser. Il ne sait pas s’arrêter à la surface.
Tu veux te détendre… mais il te pousse à en faire un projet. Alors, tu lis des comparatifs d’applications, tu construis une base Notion dédiée à ton hobby avant même d’avoir commencé. Au fil du temps, tu notes tes progrès, tu veux « faire mieux ».
Et à la fin, il ne reste plus de place pour le plaisir brut, l’oubli de ses soucis dans une activité.
Tu te sens vide sans comprendre pourquoi, parce qu’en théorie, tu as pris du temps pour toi.
Mais pas vraiment.
Tu as juste déplacé ton perfectionnisme d’un domaine à un autre.
Et comme il est déguisé en loisir, tu le repères beaucoup plus tard.
Attention: je ne dénigre pas les hobbies. Je trouve ça plutôt cool. J’essaye plutôt de t’encourager à lever le pied de la pédale.
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La peur du vide : un facteur de charge mentale ?
Certainement comme toi, j’ai un certain goût pour l’apprentissage, les recherches, les liens que j’effectue entre tous les pôles de mes connaissances. Tu connais la vision “graphique” d’Obsidian ? C’est notre esprit.
Incapable de me détendre, je trouve l’hyperstimulation stressante, mais également rassurante, d’une certaine façon. Comme le fait de conserver en permanence un certain désordre, qui est une manière de combler le vide, enchaîner les activités me permet de combler le temps. Cela m’évite de revenir sur moi-même.
Mais à force, mon cerveau ne distingue plus le remplissage de la véritable détente ou – mieux – de la sérendipité.
Il faut lâcher prise pour que la magie opère. Lire pour autre chose qu’apprendre. Faire un jogging, pas seulement dans l’optique d’une compétition. Cuisiner plusieurs plats… mais pas pour optimiser son temps.
Ton cerveau confond le calme avec le vide — alors il continue à produire même quand tu crois te reposer.
J’adore la phrase de Marie Kondô sur les bienfaits d’un espace rangé. Elle me fait réfléchir à la raison pour laquelle j’ai du mal à me poser avec moi-même.

Le cerveau curieux qui ne sait pas « faire rien »
Comme beaucoup de femmes neurodivergentes à la pensée en arborescence, je crois que je fais partie de ces cerveaux qui ne supportent pas le vide.
Dès qu’un espace se crée, je le remplis : avec une idée, une lecture, un apprentissage.
C’est presque instinctif.
Je me détends rarement sans « optimiser » le moment : écouter un podcast, apprendre quelques mots, réfléchir à un futur article. Il y a un terme technique pour ça : task-staking, l’empilement des tâches.
🌿 Sur le papier, c’est beau. Cultivé, productif.
Mais dans la réalité, ça apporte souvent une forme de fatigue invisible.
Ce besoin constant de stimulation te maintient dans une tension subtile : tu n’es jamais vraiment off.
Ton cerveau reste branché en mode « collecte d’informations », comme si se reposer signifiait perdre du temps.
💠C’est une forme de perfectionnisme déguisé : vouloir tout transformer en opportunité d’apprendre ou de progresser.
Et le cerveau curieux qui ne sait pas se déconnecter finit par se tourner sur lui-même et oublier de te faire ressentir des choses.
🌿 Conclusion : j’ai dû réapprendre à m’ennuyer. C’est encore difficile. Je peux marcher sans podcast dans les écouteurs, mais j’ai l’impression de garder constamment les yeux rivés sur mon Fitbit pour mesurer mes pas.
Et toi, tu arrives à accepter ces plages de silence ?
Réapprendre à jouer sans objectif
Je me souviens d’un après-midi génial avec une amie déjà maman.
La neige était tombée sur la colline où nous habitions, et nous avions organisé une activité de luge pour les enfants du quartier.
Au programme : se placer en haut ou en bas de la pente afin de stopper les voitures, descendre en luge à son tour puis aider les enfants à les ramener en haut.
Je n’ai pas vu le temps passer…
🌿 En fait, j’ai retrouvé le bonheur de jouer sans raison.
Car au quotidien, tout ce que j’aime finit souvent catalogué, suivi, structuré.
🔹Je ne lis plus un roman pour le plaisir, mais pour m’améliorer en tant que traductrice (mon activité annexe)
🔹Je ne marche plus pour me vider la tête, mais pour « organiser mes idées ».
🔹Même le coloriage est devenu une compétition. Je dois remplir mes cases, remporter les défis.
🌿 Et si on arrêtait de chercher à rentabiliser nos moments de joie ?
Le jeu, le vrai, n’a pas d’objectif. Il n’est pas un moyen, mais une fin.
Il ne sert pas à t’améliorer ; il te raccorde à toi-même.
Au cours des prochains mois, je vais réintroduire les activités suivantes :
🔹 colorier sans réfléchir,
🔹 regarder un film sans prendre de notes,
🔹 apprendre quelques mots de langue sans plan, juste pour le son (comme écouter des chansons en chinois, par exemple, ma passion du moment)
🔹 tenter de marcher sans tracker mes pas, sans idée derrière la tête.
Je sais qu’au début, ça va être inconfortable. Mon cerveau va s’agiter, réclamer une « bonne raison » de faire ce que je fais.
Mais petit à petit, je suis certaine que le plaisir reviendra.
🌿 Parce que la détente, ce n’est pas un moment à planifier.
Conclusion : Le repos, une compétence à réapprendre
En effet, ce n’est pas une faiblesse de connaître un moment de repos « non productif ». Le vrai progrès est celui de retrouver un rapport vivant et humain à son temps libre.
Rappelle-toi aussi d’appliquer la méthode Onest à tes activités de détente.
Observe la situation ; nomme ta problématique ; élague pour retirer le bruit ; structure tes ressources, ton temps ; et enfin, transforme ta vie durablement.
La détente s’invitera quand tu cesseras vraiment de la contrôler.





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